PRESSE
 
VERS L’AVENIR – BW – SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 JUILLET 1996
 
 
De terre en vigne, la voilà la jolie vigne!
" Vigni, vignons, vignons le vin, la voilà la jolie vigne au vin... » Que la chanson est belle! Mais ce n ' est pas tout de chanter. Il faut la travailler, la vigne. C'est dans cette opération que se sont lancés trois courageux Brabançons à Thorembais-les-Béguines ".

De la vigne - pour faire du vin - sur notre plateau brabançon, voilà qui n'est pas courant, Et à vrai dire guère encouragé par un sol plutôt trop riche pour cette plante qui ne demande qu'à se battre pour développer toute sa vigueur.Le limon est en effet bien meilleur pour la bettrave, en raison notamment de la rétention d'engrais qu'on trouve, C'est un sol trop généreux pour l vigne. Pour celle-ci, le mieux est encore un sol de gravier, istribuant peu d'éléments nutritifs. Voyez ces sols autour de Châteauneuf-du-Pape, dans le Vaucluse, par exemple, tout recouverts de cailloux blancs.

De la thermodynamique à la lecture optique.
Mais ce n'est pas ces quelques considérations qui ont découragé trois amis de Thorembais-les-Béguines qui ont décidé de se lancer dans la culture de la vigne pour en faire du vin. Ils ont d'abord acheté du raisin, il y a trois ans, qu'ils ont vinifié. Et maintenant, ils se lancent carrément dans la culture de la vigne elle-même. Un hectare
pour commencer. Et il ne faut pas croire que c'est leurs professions qui les orientent dans ce choix, Bien sûr, Etienne Rigo, 39 ans, qui occupe la ferme de Mellemont, exerce le métier d'agriculteur, mais principalement céréalier. Son épouse, Marie de Coster, est médecin généraliste, et ils ont cinq enfants âgés de 14 à 4
ans: Adrienne, Elisabeth, Edouard, Eugénie et Eléonore.
François Vercheval, 42 ans, est passionné par la vinification. Il fait partie du club de la gilde à Wavre et de la gilde brabançonne pour le vin de fruit : « il y a six ou sept ans, j'ai fait du cidre, puis du vin de cerise et du vin de prunelle - qu'on va cueillir après la première gelée. Maintenant, c'est au tour du raisin. C'est d'ailleurs le fruit qui convient le mieux en raison de son taux de sucre et d'acidité. Mon rêve a toujours été d'avoir un vignoble » - Son métier ? Dessinateur en thermodynamique à l'UCL à Louvain-la-Neuve. Quant à Pierre Rion, 35 ans, le troisième homme, il est industriel dans l'informatique pour la société Iris à Louvain-la-Neuve, spécialisée dans la lecture optique, la reconnaissance de caractères.

En 97 : cinq hectolitres
La vigne jeune qui s'étend maintenant sur un hectare pourra sans doute produire environ cinq hectolitres en 1997,
avec ses 2500 pieds de pinot noir et ses 600 de blanc. Adulte, elle devrait donner cinquante hectos. Avant l'âge de quatre ans, il n'est pas question de lui administrer du désherbant. Tout le travail doit être fait à la main, les piquets installés et redressés si nécessaire, Etienne Rigo est enthousiaste: « Quand il fait très chaud, la vigne peut pousser de dix centimètres par jour. C'est dire s'il faut suivre pour la maintenir toujours attachée et soignée.Mais c'est excitant. Pour moi, c'est nouveau: comme art cultural, dans les habitudes, dans les maladies que nous ne connaissons guère ici, Il faut acquérir de nouvelles connaissances »

Le terrain sur lequel a été plantée la vigne descend légèrement vers le sud et l'ouest, avec orientation vers le soleil couchant, qui n'est pas des plus favorables. Mais ce défaut est compensé par une bonne protection des vents du nord par des arbres et le corps de ferme ainsi que du vent d'est par un mur.

Dans les vignes du seigneur de Mellemont. (Photo VA – 967039)

Pourquoi la vigne ?
Deux conditions particulièrement difficiles sont réunies pour la culture de la vigne: un sol trop riche et le climat. Alors pourquoi ce choix ? Etienne Rigo : « ndépendamment de l'intérêt pour une culture insolite ous nos climats, il faut savoir que la vigne a pas mal été cultivée dans les siècles précédents
(voir notre encadré à ce sujet).
« Il y a de plus en plus de petits viticulteurs en Belgique : Tirlemont, Saint-Trond, Tongres, le Brabant wallon. Nous partons avec un hectare. Pourquoi pas 6 dans cinq ans ? On va planter petit à petit. Nous misons en tout cas sur la réussite de l'opération. Nous espérons obtenir un vin style haute côte de beaume. Il sera nécesssaire de le faire vieillir en fûts de chêne. « En ce qui me concerne, je suis abonné à une revue viticole, , j'ai des livres d'oenologie et nous entretenons des relations avec des viticulteurs alsaciens, bourguignons et bordelais. Mais nous avons bien conscience que le plus difficile sera l'élevage du vin. Celui-ci est quelque chose de vivant. il doit être suivi de près : par des analyses, entre autres: pH, sulfite,C02, degré alcoolique. Et nos laboratoires belges ne sont guère équipés pour cela. Mais c'est un défi supplémentaire. »
Etienne Rigo se déclare passionné de recherches, avec un goût pour les nouveautés. Les nouveaux débouchés, d'ailleurs, deviennent très importants, parce que l'horizon est en train de se boucher, ou risque de le devenir à plus ou moins brève échéance, dans les légumes et l'élevage.

Cep pas si simple
Mais vraiment, ce(p) n'est pas si simple que cela. Justement, les ceps. Vous ne les trouvez pas au coin de la rue, " Pardon, Monsieur le Jardinier, je voudrais des ceps de pinot noir. » Et quoi encore ? Nos viticulteurs sont allés les chercher chez Jan Belfroid, à Borgloon (près de Tongres). Il s'agissait de trouver une partie aérienne du plant qui convienne (adaptée au climat), une partie radiculaire ou porte-greffe adaptée au sol et le pépiniériste (luxembourgeois en l'occurrence) qui fasse l'assemblage. Vous ajoutez deux ans pour que le tout soit viable et trois ans de plus pour que la vigne produise un tantinet soit peu. Et puis, vous attendrez bien six ans pour qu'elle soit adulte. Et alors, il s'agira de commercialiser votre vin. Etienne Rigo : « Nous essaierons de commercialiser le vin d'abord sur place; à partir de 1998 Et puis, on verra… Mais d'ici là, attendons septembre (la vendange
est prévue vers les 20-25 septembre. C'est ce mois-là qui fait le degré d'alcool, Et puis, trop d'humidité provoque la pourriture, Septembre est la clef de voûte du vin. » Diable, il se concentre, Etienne Rigo. Et il ne manque pas
d'invoquer les dieux du ciel (Bacchus. en particulier ?) pour que sa vigne lui apporte le fruit de son travail. Sous forme de bons grains noir-bleu, juteux à souhaits et porteurs de ce que le bon Saint-Amant appelait de let,... )).
ses accents insistants : « Qu'on m'apporte une bouteille - Qui d'une liqueur vermeille - Soit teinte jusqu'à l'ourlet,…

Jean Louis Zelzer (VERS L’AVENIR - BW)
   
 
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