"
Vigni, vignons, vignons le vin, la voilà la
jolie vigne au vin... » Que la chanson est belle!
Mais ce n ' est pas tout de chanter. Il faut la travailler,
la vigne. C'est dans cette opération que se
sont lancés trois courageux Brabançons
à Thorembais-les-Béguines ".
De la vigne - pour faire du vin - sur notre plateau
brabançon, voilà qui n'est pas courant,
Et à vrai dire guère encouragé
par un sol plutôt trop riche pour cette plante
qui ne demande qu'à se battre pour développer
toute sa vigueur.Le limon est en effet bien meilleur
pour la bettrave, en raison notamment de la rétention
d'engrais qu'on trouve, C'est un sol trop généreux
pour l vigne. Pour celle-ci, le mieux est encore un
sol de gravier, istribuant peu d'éléments
nutritifs. Voyez ces sols autour de Châteauneuf-du-Pape,
dans le Vaucluse, par exemple, tout recouverts de
cailloux blancs.
De la thermodynamique à
la lecture optique.
Mais ce n'est pas ces quelques considérations
qui ont découragé trois amis de Thorembais-les-Béguines
qui ont décidé de se lancer dans la
culture de la vigne pour en faire du vin. Ils ont
d'abord acheté du raisin, il y a trois ans,
qu'ils ont vinifié. Et maintenant, ils se
lancent carrément dans la culture de la vigne
elle-même. Un hectare
pour commencer. Et il ne faut pas croire que c'est
leurs professions qui les orientent dans ce choix,
Bien sûr, Etienne Rigo, 39 ans, qui occupe
la ferme de Mellemont, exerce le métier d'agriculteur,
mais principalement céréalier. Son
épouse, Marie de Coster, est médecin
généraliste, et ils ont cinq enfants
âgés de 14 à 4
ans: Adrienne, Elisabeth, Edouard, Eugénie
et Eléonore.
François Vercheval, 42 ans, est passionné
par la vinification. Il fait partie du club de la
gilde à Wavre et de la gilde brabançonne
pour le vin de fruit : « il y a six ou sept
ans, j'ai fait du cidre, puis du vin de cerise et
du vin de prunelle - qu'on va cueillir après
la première gelée. Maintenant, c'est
au tour du raisin. C'est d'ailleurs le fruit qui
convient le mieux en raison de son taux de sucre
et d'acidité. Mon rêve a toujours été
d'avoir un vignoble » - Son métier
? Dessinateur en thermodynamique à l'UCL
à Louvain-la-Neuve. Quant à Pierre
Rion, 35 ans, le troisième homme, il est
industriel dans l'informatique pour la société
Iris à Louvain-la-Neuve, spécialisée
dans la lecture optique, la reconnaissance de caractères.
En 97 :
cinq hectolitres
La vigne jeune qui s'étend maintenant sur
un hectare pourra sans doute produire environ cinq
hectolitres en 1997,
avec ses 2500 pieds de pinot noir et ses 600 de
blanc. Adulte, elle devrait donner cinquante hectos.
Avant l'âge de quatre ans, il n'est pas question
de lui administrer du désherbant. Tout le
travail doit être fait à la main, les
piquets installés et redressés si
nécessaire, Etienne Rigo est enthousiaste:
« Quand il fait très chaud, la vigne
peut pousser de dix centimètres par jour.
C'est dire s'il faut suivre pour la maintenir toujours
attachée et soignée.Mais c'est excitant.
Pour moi, c'est nouveau: comme art cultural, dans
les habitudes, dans les maladies que nous ne connaissons
guère ici, Il faut acquérir de nouvelles
connaissances »
Le terrain sur lequel a été plantée
la vigne descend légèrement vers le
sud et l'ouest, avec orientation vers le soleil
couchant, qui n'est pas des plus favorables. Mais
ce défaut est compensé par une bonne
protection des vents du nord par des arbres et le
corps de ferme ainsi que du vent d'est par un mur.
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| Dans les vignes du seigneur
de Mellemont. (Photo VA – 967039) |
Pourquoi
la vigne ?
Deux conditions particulièrement difficiles
sont réunies pour la culture de la vigne:
un sol trop riche et le climat. Alors pourquoi ce
choix ? Etienne Rigo : « ndépendamment
de l'intérêt pour une culture insolite
ous nos climats, il faut savoir que la vigne a pas
mal été cultivée dans les siècles
précédents
(voir notre encadré à ce sujet).
« Il y a de plus en plus de petits viticulteurs
en Belgique : Tirlemont, Saint-Trond, Tongres, le
Brabant wallon. Nous partons avec un hectare. Pourquoi
pas 6 dans cinq ans ? On va planter petit à
petit. Nous misons en tout cas sur la réussite
de l'opération. Nous espérons obtenir
un vin style haute côte de beaume. Il sera
nécesssaire de le faire vieillir en fûts
de chêne. « En ce qui me concerne, je
suis abonné à une revue viticole,
, j'ai des livres d'oenologie et nous entretenons
des relations avec des viticulteurs alsaciens, bourguignons
et bordelais. Mais nous avons bien conscience que
le plus difficile sera l'élevage du vin.
Celui-ci est quelque chose de vivant. il doit être
suivi de près : par des analyses, entre autres:
pH, sulfite,C02, degré alcoolique. Et nos
laboratoires belges ne sont guère équipés
pour cela. Mais c'est un défi supplémentaire.
»
Etienne Rigo se déclare passionné
de recherches, avec un goût pour les nouveautés.
Les nouveaux débouchés, d'ailleurs,
deviennent très importants, parce que l'horizon
est en train de se boucher, ou risque de le devenir
à plus ou moins brève échéance,
dans les légumes et l'élevage.
Cep pas si simple
Mais vraiment, ce(p) n'est pas si simple que cela.
Justement, les ceps. Vous ne les trouvez pas au
coin de la rue, " Pardon, Monsieur le Jardinier,
je voudrais des ceps de pinot noir. » Et quoi
encore ? Nos viticulteurs sont allés les
chercher chez Jan Belfroid, à Borgloon (près
de Tongres). Il s'agissait de trouver une partie
aérienne du plant qui convienne (adaptée
au climat), une partie radiculaire ou porte-greffe
adaptée au sol et le pépiniériste
(luxembourgeois en l'occurrence) qui fasse l'assemblage.
Vous ajoutez deux ans pour que le tout soit viable
et trois ans de plus pour que la vigne produise
un tantinet soit peu. Et puis, vous attendrez bien
six ans pour qu'elle soit adulte. Et alors, il s'agira
de commercialiser votre vin. Etienne Rigo : «
Nous essaierons de commercialiser le vin d'abord
sur place; à partir de 1998 Et puis, on verra…
Mais d'ici là, attendons septembre (la vendange
est prévue vers les 20-25 septembre. C'est
ce mois-là qui fait le degré d'alcool,
Et puis, trop d'humidité provoque la pourriture,
Septembre est la clef de voûte du vin. »
Diable, il se concentre, Etienne Rigo. Et il ne
manque pas
d'invoquer les dieux du ciel (Bacchus. en particulier
?) pour que sa vigne lui apporte le fruit de son
travail. Sous forme de bons grains noir-bleu, juteux
à souhaits et porteurs de ce que le bon Saint-Amant
appelait de let,... )).
ses accents insistants : « Qu'on m'apporte
une bouteille - Qui d'une liqueur vermeille - Soit
teinte jusqu'à l'ourlet,…
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Jean
Louis Zelzer (VERS L’AVENIR - BW) |
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